samedi, 25 juin 2022

Les badges numériques: signal d’une révolution de la formation

Les badges numériques ne sont pas conçus dans l’objectif d’être une simple copie numérique d’un certificat traditionnel. Ils existent plutôt afin de palier aux lacunes de ces certifications. On aborde souvent la façon dont les badges peuvent être partagés. Bien que ce soit pratique, cela ne consiste qu’en un avantage associé au format numérique de ces certifications. Un diplôme universitaire pourrait être numérisé et affiché sur un profil LinkedIn tout autant qu’un badge numérique. Pourtant, les badges numériques ont le potentiel d’être une révolution du monde de la formation.

Une insertion dynamique dans un nouveau système

Qu’est-ce qui différencie donc vraiment les badges ? En plus des fonctionnalités techniques comme le fait qu’ils soient partageables, stockables ou encore standardisés, les badges numériques consistent en une révolution de l’organisation des parcours d’apprentissage. En effet, les professionnels en implantation de cette technologie ne parlent pas simplement de badges, mais de système de badges. Pourquoi ? Parce que les badges numériques ont l’ambition de perturber l’écosystème de certification en changeant les modalités entourant la formation.

La réelle richesse des badges numériques ne provient donc pas que de leur simple statut d’artefact technologique. Elle provient aussi du potentiel qu’ils portent à changer la façon dont on conçoit l’éducation.

Plusieurs chercheurs et philosophes se sont penchés sur l’impact de la technologie sur le développement de la société. McLuhan (Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme, 1964), Heidegger (la question de la technique 1954) ou Deleuze (Post-scriptum sur les sociétés de contrôle, 1990), bien qu’ils ne partagent pas les mêmes opinions sur le sujet, s’entendent tous relativement sur un point commun : la technologie a un certain pouvoir transformateur.

Les badges numériques n’y font pas exception et leurs utilités se voient être déterminées, entre autres, par la résolution d’une multitude de problèmes contemporains. En effet, ils transforment la façon dont on dispense l’éducation. Ainsi, les badges numériques consistent en une évolution du monde de la formation pour pallier à celle du monde du travail.

La transition numérique et les écarts de compétences

Le forgeron était auparavant un artisan qualifié qui passait la plupart de sa vie professionnelle à perfectionner son art. Du moment où il commençait sa carrière jusqu’à celui où il passait le flambeau à son apprenti, la méthode utilisée pour forger une épée restait relativement la même. Depuis la révolution industrielle, la rapidité des avancements techniques et technologiques continue de bouleverser le milieu professionnel. La révolution numérique correspond au paroxysme de cette tendance. Cela a comme effet de créer des écarts de compétences au sein des industries.

Une entreprise se concentrant sur l’analyse des tendances au sein des TI a récemment publié une étude sur la question de l’écart de compétences. L’entreprise a remarqué que 90% des industries en TI souffrent ou allait souffrir d’une pénurie de compétence d’ici 2025. Cela devrait couter près de 6.5 trillions de dollars mondialement aux entreprises.

Nous sommes face à une situation où le développement technologique jumelé à la transition vers le numérique, phénomène accentué par la pandémie depuis 2020, fait en sorte que les employés ne sont pas équipés pour répondre aux besoins des différents milieux professionnels. Des technologies se développent, mais leur maitrise n’est pas acquise.

La création de nouveaux emplois pour répondre aux besoins spécifiques de l’environnement numérique doit aussi être pris en compte. La multiplication des compétences spécifiques requises nécessite une main-d’œuvre hautement qualifiée. Cette dernière doit aussi rester à l’affût des nouveaux développements dans son domaine. D’ailleurs, toujours dans le domaine des TI, en 2021 76% des entreprises disaient faire face à des problèmes liés aux écarts de compétences. On nomme encore une fois comme responsable le rythme effréné du changement technologique qui dépasse le développement de compétences.

Un changement du paradigme de l’éducation

Plusieurs professions sont de plus en plus fragmentées. Les rôles de chacun se voient être définis avec beaucoup plus de précision. Cela, ajouté à la multiplication de nouvelles technologies mobilisées dans presque toutes les sphères de l’emploi, pave la voie à une réflexion sur les modalités de la formation professionnelle et académique. Les badges numériques consistent en des artefacts qui incarnent ce changement et répondent aux problèmes nommés précédemment.

Là où les certifications traditionnelles sont axées sur l’obtention d’un titre professionnel, les badges sont plutôt orientés vers l’acquisition de compétences. Que ce soit des « savoir-être » ou des « savoir-faire », l’objectif est que l’apprenant soit outillé pour répondre à une tâche ou une situation en particulier.

Cela se fait de plusieurs manières. Par exemple, on déconstruit le cheminement de l’apprentissage afin d’identifier le plus clairement possible chaque étape de la « construction » du savoir d’un individu. On établit des critères clairs et définis afin de juger le niveau d’avancement de l’apprenant. Cela se manifeste sous forme de paliers au sein même d’une formation. Aussi, on récompense et on encourage les apprenants en se basant sur une logique de ludification afin de les pousser au maximum de leur capacité. Ainsi, on tente d’extraire le maximum de richesse de chacun en faisant ressortir leurs savoir-être, par exemple. Une logique basée sur l’efficacité semble donc être sous-jacente à l’émergence des badges, même si elle est très rarement explicitée comme telle.

source: Data scientists – Gain Academy.

Si on se base sur ce que le passé nous a appris, une évidence s’impose : ce qui est ancien et inefficace est bien souvent remplacé par quelque chose de nouveau et plus performant. Les badges numériques sont de plus en plus prévalents et cette tendance semble se poursuivre. Plusieurs projets tels que ceux développés par l’Open Skill Network continuent de se pencher sur les façons dont les badges peuvent être mobilisés. Par exemple, en leur rattachant des rich skills descriptors ou en établissant des « bibliothèques de compétences ». Bref les badges numériques constituent un engrenage dans la machine de la révolution de l’apprentissage.

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